Le « Clairet », ou « Bordeaux Clairet », est un type de vin principalement produit sur la région viticole bordelaise. Il se situe à mi-chemin entre un rosé et un rouge tant par ses arômes que sa « structure ». L’origine du mot « Clairet » provient d’un terme issu du vieux français « claret » signifiant « clair » ou « lumière ». Historiquement, il faut revenir 1500 années en arrière, puisque la première trace d’un produit similaire au clairet que nous consommons aujourd’hui, remonte au Moyen-Âge sous le nom de « french claret » ou « vinum clarum ».
Il s’agissait d’un vin produit à partir de tous les cépages disponibles que l’on assemblait dans une même cuve, et était ensuite exporté vers l’Angleterre, ce qui explique que l’origine du nom soit anglaise.
Comment le « Clairet » est-il né ?
Ce vin était très prisé par les anglais qui ont eu l’occasion de le consommer suite au mariage d’Aliénor d’Aquitaine et Henri Plantagenêts (ou Henri II) en 1152, car les échanges commerciaux développés par ce couple célèbre auront permis aux Anglais d’importer des vins de Bordeaux. Historiquement, l’Angleterre était le plus important débouché commercial pour Bordeaux. De part cette grande popularité, il est intéressant de noter que dans la plupart des grands domaines du vignoble médiéval bordelais, 87% des productions étaient dédiées au « Clairet » contre 13% pour le vin rouge, ce qui a énormément changé au cours des siècles.
Cette exportation de Clairet s’intensifiera en 13ème siècle, atteignant un total de 102 724 barriques exportées en 1303. Ce n’est qu’à la fin de la guerre de 100 ans en 1453 que ces transactions entre Bordeaux et l’Angleterre s’arrêteront. La production du Clairet perdurera tout de même malgré l’arrêt des transactions avec l’Angleterre. Au 18ème siècle, apparait le « New French Claret » créé et promus par Arnaud de Pontac (Château Haut Brion).
Mais aujourd’hui, où en est on ?
Ce n’est qu’en 1958 que le nom de « Clairet » reprend vie, et il le devra à la coopérative de Quinsac (elle-même fondée en 1949) sur la rive droite qui a permis à ce type de vin d’avoir sa propre appellation, reconnue par l’Institut National de l’Origine et de la Qualité (INAO). Ainsi sera créée l’appellation « Bordeaux Clairet ».
À l’origine de cette renaissance du clairet, il y a deux hommes : Émile Peynaud et Roger Amiel.
Émile Peynaud (1912-2004) était un œnologue français connu à l’international ; beaucoup le nomment « père de l’œnologie française ». Il entra dans le monde du vin à l’âge de 15 ans chez un négociant, la Maison Calvet. Il a notamment été un pionnier sur des techniques nouvelles de vinification mais aussi sur la notion de terroir. Il a également fait beaucoup avancer les connaissances sur la fermentation malolactique, qui à ce moment était considérée comme une maladie. Il fut le premier à la comprendre et savoir comment la contrôler. Information notable, Émile Peynaud recevra en 1988 le prix Littéraire de l’académie du vin de Bordeaux, pour son livre « Le goût du vin ».
Roger Amiel (1913-2001) quant à lui était vigneron et homme politique français, maire de Quinsac près de Bordeaux. Il a soutenu Émile Peynaud dans le relancement du Clairet en créant la Cave Coopérative de Quinsac.
Très bien, mais le Bordeaux « Claret » alors ?
Il faut parler de la toute nouvelle appellation « Bordeaux Claret », qui aujourd’hui est définie comme un vin rouge léger, peu tannique à robe rubis à pourpre peu intense ; alors que le « Clairet » est plutôt un rosé foncé. Ce sont des vins destinés à être consommé dans leur jeunesse et plutôt frais. On a pu constater une forte déconsommation de vin dans le monde entier, ce qui a amené à cette recherche d’un vin assez léger pour plaire en occasion de consommation hors repas, tout en étant restant fidèle à son histoire bordelaise.
Le réchauffement climatique est également un facteur à prendre en compte, qui pousse les consommateurs à se diriger vers des vins plus frais, moins tanniques, à boire frais.
Les toutes premières bouteilles dans cette nouvelle appellation « Claret » ont été commercialisées sur le marché à partir du 15 décembre 2025.
Quels sont les bons accords avec ces vins ?
Le Bordeaux Clairet est un véritable caméléon de la table. Alors voici mes cinq accords parfaits pour sublimer votre bouteille de Clairet !
- L’incontournable de l’apéritif : une planche de charcuteries fines. Le Clairet possède juste assez de structure et de fraîcheur pour trancher avec le gras de la charcuterie sans être masqué par son sel. Le côté fruité et la vivacité du vin réveillent un jambon de Bayonne, un saucisson sec ou un pâté en croûte.
- Le roi du barbecue : des brochettes de volaille marinées ou des merguez. Si le rosé classique fatigue parfois face au caractère des grillades, le Clairet lui, relève le défi haut la main. Ses tannins légers soutiennent parfaitement le grillé de la viande, tandis que son fruité compense le piquant d’une merguez ou les épices d’une marinade.
- Le classique du Sud : les légumes farcis provençaux. Tomates, courgettes et aubergines farcies au porc et au bœuf s’accordent à merveille avec ce vin. L’acidité naturelle du Clairet répond parfaitement à celle de la tomate cuite, et sa rondeur en bouche enveloppe le côté réconfortant de la farce.
- L’accord voyageur : un tajine d’agneau aux pruneaux et abricots. Le Clairet adore les saveurs sucrées-salées et les épices douces. Les notes de fruits rouges mûrs du vin font écho aux fruits secs du tajine, tandis que sa fraîcheur évite que le plat ne paraisse trop lourd ou trop sucré.
- L’option végétarienne : une tarte fine à la tomate et au pesto. Une recette simple et estivale qui met en valeur la fraîcheur du cépage Merlot (majoritaire dans le Clairet). Le pesto apporte beaucoup de puissance aromatique. Le Clairet, bien fruité et désaltérant, vient équilibrer l’ensemble sans écraser le goût du basilic.
Pour conclure !
Et voilà, vous êtes désormais prêt à profiter de votre Clairet ou de votre Claret tout en sachant de quoi vous parlez ! N’hésitez pas à également fouiller chez vos cavistes à la recherche de la bouteille parfaite qu’elle soit un Bordeaux Clairet ou un Claret. Pour ma part, je me visualise déjà sur la côte basque en train de déguster mon verre accompagné d’une planche de charcuterie au bord de l’océan, autrement dit – LE RÊVE !
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